Pic des Valletes - Barrère-Roques / Petit dièdre

Depuis le début du mois, une rumeur circule dans le microcosme pyrénéen : le secteur du Puymorens serait en super conditions !

 

 Si, ça vous évoque une chute de poudreuse ou des virages sautés, vous pouvez laisser rentrer cette info' par une spatule pour qu'elle sorte par l'autre. Les non-initiés n'en savent rien mais sachez que Puymorens est LE spot d'alpinisme des Pyrénées de l'Est. Je pourrai même dire "de Haute-Ariège" mais je risque de froisser la susceptibilité de nos amis catalans ! En tout cas, les pics des Valletes, de la Vinyole et de Font Nègre offrent un concentré de goulottes en tout genre. Du couloir de neige au dry pur et dur en passant par quelques blocs coincés, chacun trouvera de quoi y faire son mix ... te.

 Après un hiver bien enneigé, la plupart d'entre nous est déjà repassé en mode escalade. On pensait même en avoir terminé avec les skis, piolets, crampons et autres accessoires hivernaux ... Erreur ! Pourtant, c'est toujours un plaisir de ressortir l’artillerie lourde du placard pour un ultime tour de hors-piste.

 

 Il est sept heures lorsque le capitaine Hildenbrand, l'adjudant-chef Thomas, le mdl/c Chabert et moi-même quittons le col du Puymorens. A cette époque la station est évidemment déserte et nous profitons encore des pistes damées pour faire glisser nos skis d'approche. Les premiers rayons de soleil peinent à dégeler l'épaisse couche de neige dure, pas de doute sur les conditions printanières !

 

 On laisse les télésièges se dorer la pilule pour passer dans l'ombre des pics de l'Estanyol et de Fond Freda. Les quelques couloirs que nous longeons ont, apparemment, fait le bonheur des amateurs de ski de pentes raides. Pour certains d'entre nous, c'est une découverte alors que d'autres ont déjà rendu visite à la plupart des lignes du secteur. L'objectif du jour n'est pas clairement défini si ce n'est de se faire plaisir. Nous irons donc au grès des envies selon les conditions.

Les choix s'orientent toutefois entre la goulotte Nit de Carnestoltes à la Vinyole et la Barrère-Roques aux Valletes. Deux classiques dans lesquelles aucun ne semble avoir traîner ses guêtres. Après une heure et demi, nous arrivons au pied des Valletes. La variante de départ du Grand Dièdre semble bien fournie. L'occasion de gravir cette ligne qui m'attire depuis un moment est trop belle pour la laisser passer. Quant à la sortie, j'ai ma petite idée ! Le mdl/c Chabert se joint à moi alors que le capitaine Hildenbrand fera cordée avec l'adjudant-chef Thomas. Ils poursuivent dans le fond du cirque pour attaquer l'élégante Nit de Carnestoltes.


 De notre côté, les conditions de regel dans le couloir d'attaque restent optimales. On se chauffe bien les mollets jusqu'au pied des difficultés. Un bloc posé sur une vire juste avant la première goulotte offre un bon emplacement pour s'équiper. Le mdl/c Chabert attaque par un dièdre en neige couic et glace : ambiance goulotte ! Quelques petits friends placés judicieusement lui permettent de savourer ces trente premiers mètres avant d'attaquer des pentes de neige un peu plus exposées. Ce n'est pas dur mais 'faut pas tomber ... Après presque cent mètres, il jette deux friends dans une fissure béton pour me faire monter. C'est juste hallucinant de trouver de telles conditions en fin de saison. Les lames des piolets s'ancrent généreusement dans ce polystyrène ... pourvu que ça dure !

 Par un heureux hasard, c'est donc mon tour de grimper en tête la longueur de la photo du topo des Pyrénées des Levant. La pente de neige se redresse en une goulotte étroite. Les fissures sont bouchées et la glace est plus fine. Quelques ancrages foireux et des protections très espacées retiennent toute mon attention. Un peu plus haut, la progression redevient aisée et la tension retombe. Le bloc coincé est plus impressionnant que difficile. De plus, le rocher fracturé offre quelques emplacements de protections. Avec des bons friends sous les pieds, les crochetages deviennent des bacs, les crampons adhèrent mieux que des chaussons et le rétablissement n'est qu'une formalité.

 

 J'ai la brèche de jonction en vue lorsque le mdl/c Chabert m'annonce qu'il quitte le relais. Une nouvelle fois, nous terminons corde tendue. Cette deuxième graaande longueur nous dépose "au pied de la dalle monstrueusement lisse", sur l'arête effilée d'une antécime. La solution se trouve quelques mètres en contrebas : nous devrons rejoindre la sortie du fameux Grand Dièdre. L'épaisse couche de glace translucide qui en tapisse le fond nous laisse pantois !

 Deux options s'offrent à nous : la désescalade foireuse et exposée ou le rappel. Le choix n° 02 fait l’unanimité. A califourchon sur notre perchoir, on pose un anneau de cordelette autour du bitard pour se laisser glisser jusqu'à l'avant dernier relais. Par un deuxième heureux hasard, c'est ici qu'on peut bifurquer dans le Petit Dièdre ...

 

 Ce "Petit Dièdre", c'est ce que j'avais en tête depuis le début. Cette variante de sortie est rarement formée. Cent mètres de goulotte raide qui sautent au yeux dès que la face est plâtrée, dément ! Les photos de Romain Wagner avait fini de me convaincre. Il ne restait qu'à attendre les conditions optimales car la progression y est rendue impossible lorsque la neige est inconsistante. Ici, pas moyen de crocheter, de ramper, de se protéger voire d'artifer, le rocher est trop compact. Mais aujourd'hui, les conditions dans le Grand Dièdre laissent augurer des longueurs d'anthologies dans cette variante. Alors, varientons !

 

 Après le rappel, on se remet en mode "montée". Manip de corde bac +5, on se casse la tête pour éviter le sac de nouilles chinoises et je repars devant. Je quitte rapidement la ligne principale pour rejoindre des gradins mixtes. Un peu plus haut la goulotte secondaire se révèle : fournie, étroite, merveilleuse. Les trente mètres qui suivent frisent la perfection, ça se passe de commentaire. Je frappe la glace avec parcimonie en essayant d'optimiser chaque ancrage. Ici, pas question de taper comme un sourd ! Ce mince filet est précieux et j'use de précautions pour ne pas détruire le support.

Avant d'attaquer une partie plus raide, plus fine et plus compacte, nous faisons un point stratégie. Si je poursuis, je vais me retrouver en bout de corde, avec du tirage, en plein milieu du dur, sans certitude de trouver de quoi faire un relais béton. Si je fais relais ici, un seul point de protection séparera le mdl/c Chabert du relais pendant les quinze mètres les plus aléatoires ... Et dans un toboggan en V comme ici, je suis certain de terminer en passoire en cas de chute du leader ... Dilemme.

 

 Finalement, je choisi de m'arrêter ici. Il n'y a pas de solution miracle mais la suite n'a pas l'air rando alors l'option d'un relais sur trois points et d'un emplacement béton pour un quatrième point de renvoi est la plus séduisante. Le mdl/c Chabert me rejoint enchanté par la splendeur de cette longueur avant de déchanter en voyant ce qui l'attend.

 

 Il repart bien concentré, méthodique et appliqué. Quand la dimension psychologique s'ajoute aux difficultés techniques, l'escalade prend une autre saveur. Il se libère efficacement du premier ressaut et continue par un bloc coincé. La suite m'est invisible mais sa description me laisse entendre que ce n'est pas gagné. Après cinquante mètres, il quitte enfin l'ombre de la face pour prendre pied dans les pentes sommitales. La corde s'arrête de filer et c'est à mon tour de le rejoindre. En second, il ne reste que le plaisir de l'escalade. Je peux savourer et ne me concentrer que sur la gestuelle. Les quelques friends posés ici ou là ne sont pas bien compliqués à récupérer. Comme bien souvent, il valait mieux ne pas tomber !

 Quelques minutes plus tard, on foule le sommet baigné par le soleil. Je sais bien qu'en avril il ne faut pas se découvrir d'un fil mais il est temps d'enlever la doudoune ! Les conditions étant excellentes, on se permet de descendre directement par le couloir Nord des Valletes. Quelques minutes plus tard, nous rejoignons notre dépose de matériel. Le rapport entre le temps d'ascension et de descente n'est vaiment pas en notre faveur.

 

 Arrive le moment fatidique de la descente en ski d'approche. Heureusement, la neige a bien décailler depuis ce matin. L'équilibre sur ces allumettes est précaire. Appui languette ou pas, on a beau être centré sur les skis, on finit cintré !

 

 De retour au véhicule, nous retrouvons le capitaine Hildenbrand et l'adjudant-chef Thomas qui nous attendent depuis deux bonnes heures. De leur côté aussi, les conditions étaient parfaites. Nous partageons nos impressions sur les voies parcourues. Bien que plus courte, la goulotte Nit de Carnestoltes présente des ressauts qui grimpent dans toutes les longueurs. Se protéger n'est pas évident et rend l'affaire intéressante. Ils regrettent juste de ne pas avoir fait un deuxième tour de manège en nous attendant ! Ça fera une bonne excuse pour revenir !


 Ces bonnes conditions s'expliquent par une période anticyclonique permettant de fortes amplitudes thermiques entre le jour et la nuit. Les faces Nord restent froides en altitude mais le soleil, déjà haut, réchauffe le rocher et permet à la neige de se transformer.

 

Verdict ? Dans les Valletes, ça vaut toujours le coup d'amener les piolets ... Surtout si vous entendez qu'il reste de la glace au mois d'Avril et si jamais c'était un poisson, il vous serviront peut être à pêcher !

 

Mdl/c PEREZ

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Commentaires : 2
  • #1

    BARRERE MICHEL (vendredi, 14 août 2015 17:02)

    Bravo pour ces hivernales aux Baillettes...ou je trainais il y a trente /quarante ans.La veritable sortie de notre goulotte(barrere-roques) etait dans les cannelures qui montent au dessus de la breche (fin de goulotte) et nous avions rejoint le haut de l'eperon nord sur son fil.Amitiés d un GA 74!

  • #2

    PGHM Ariège (dimanche, 16 août 2015 11:21)

    Excellent ! Bonjour et merci pour ce complément d'information. Le topo Pyrénées du Levant, de Thomas Dulac et Pascal Testas, indique une descente en rappel depuis la brèche pour reprendre pied dans le Grand Dièdre. Les dalles lisses qui dominent la goulotte sont effectivement rayées de quelques raides fissures. Elles sont attirantes mais il ne semble pas évident de se protéger ... si ça passe il faudra donc y retourner :) N'hésitez pas à vous arrêter au PG pour discuter et partager quelques souvenirs !