Interview du Lieutenant FAUVET Emmanuel, Commandant le PGHM de l'Ariège

PGHMARIEGE.COM : Mon lieutenant vous êtes aujourd’hui le commandant du PGHM de l’Ariège. Rappelons que vous avez gravi tous les échelons hiérarchiques en commençant gendarme au PGHM de Chamonix. Outre la formation militaire et gendarmerie, vous possédez également les diplômes de guide de haute montagne et de moniteur de ski. A la lumière de votre expérience pouvez-vous nous décrire quel est le profil souhaité pour devenir gendarme secouriste ?

 

Lieutenant Fauvet : Ce qui prévaut chez le gendarme secouriste, c’est sa capacité à s’engager dans l’espace montagnard, à tout moment, en tous lieux et quelles que soient les conditions. Il a vocation à pratiquer la montagne différemment, avec un double enjeu non négociable : s’affranchir des contraintes et extraire un montagnard en difficulté. L’alpinisme, le ski, le canyonisme, l’escalade ou la randonnée sont des disciplines enseignées par des hommes expérimentées au cours de la formation, puis pratiquées quotidiennement. L’action de secours s’appuie sur cette connaissance profonde du milieu montagnard qui permet à une équipe restreinte d’affronter les multiples incertitudes pour opérer les bons choix.

PGHMARIEGE.COM : Concernant l’activité de secours en montagne, quelles peuvent être les plus values amenées par le fait que l’intervention soit réalisée par un gendarme ?


Lieutenant Fauvet : Le gendarme secouriste est aussi enquêteur. C’est la garantie pour les victimes d’accident de bénéficier tout à la fois du regard expert du montagnard et du savoir faire de l’officier de police judiciaire dans l’établissement d’une procédure pénale. Eu égard à l’absence de témoignages, il est primordial que l’enquête s’appuie sur les constatations faites sur place, en présence des victimes, au plus près des conditions mêmes de l’accident.


PGHMARIEGE.COM : Parlons maintenant des personnes secourues. Avez-vous constaté au cours de votre carrière une évolution des pratiques et/ou des comportements à risque ?


Lieutenant Fauvet : Bien sûr, avec des matériels et des effets vestimentaires plus performants, avec des sources d’information multiples et variées, avec des moyens de secours renforcés, la pratique montagnarde est devenue très accessible et s’est beaucoup développée. L’apprentissage technique est rapide dans certains domaines, mais il occulte souvent l’enseignement des fondamentaux : on peut atteindre un niveau de pratique très élevé tout en négligeant les règles de bon sens qui, seules, prévalaient auparavant : savoir faire son sac, partir tôt, jamais seul, rester attentif, surveiller le temps…Ainsi, la majorité des accidents est la conséquence de plusieurs petites fautes. Il n’y a pas de grandes causes, mais plutôt quelques négligences.


PGHM-ARIEGE.COM : Quels conseils avez-vous envie de donner aux internautes pour préparer au mieux leurs sorties estivales ?


Lieutenant Fauvet : Internet est un moyen de communication efficace mais subjectif. Les récits d’aventure, et autres reportages décrivant telle ou telle course sont bien souvent idéalisés grâce aux bonnes conditions rencontrées…or il peut en être tout autrement quelques heures plus tard. Quelle que soit l’activité projetée, elle impose une préparation rigoureuse. Pour la randonnée par exemple, il faut constituer un sac à dos permettant d’allier confort et sécurité. C’est à dire qu’il doit contenir effets de rechange, de pluie, boisson et nourriture mais aussi, matériel d’orientation, de communication, de soins, nécessaire à feu, lampe éventuellement…bref, tout ce qui peut permettre de faire face à l’imprévu. Bien sûr, il faut prévoir des randonnées dont la difficulté et la longueur sont adaptées au groupe, à la famille en prévoyant toujours de rentrer tôt. C’est la seule solution pour éviter les orages d’été mais aussi pour permettre une éventuelle opération de secours ou de recherche diurne.

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